lundi 31 mai 2010

Demi / moitié

Quand on apprend une langue, on se pose sans cesse la question des *différences* quelle est la différence entre tel mot et tel autre ? le sens semble exactement identique, et pourtant les mots sont différents ! quelle est donc cette différence que les locuteurs natifs semblent si bien connaître, quel est ce mystère ? c'est tout l'objet de ce blog : traquer, démêler, examiner, souligner, déterminer la différence entre les mots, leur presser le citron.
Au vrai, je ne m'étais jamais posé la question de la différence entre "demi" et "moitié" avant que des étudiants ne me la posent. C'est cela, le mystère magnifique de la langue : ce qui est inscrit en elle, sans que personne ne l'ait vraiment formulé, comme un secret, un code inconnu.
Je déguste un pamplemousse : je peux imaginer dire "tu en veux la moitié" ? Cela implique que je viens de le couper et que je l'offre à quelqu'un. Si je propose "tu veux un demi pamplemousse ?" , c'est qu'il a été coupé avant, et qu'il attend tranquillement dans le frigo qu'on vienne le manger. Donc, il me semble que le plus important dans le choix de "demi" ou"moitié", est de savoir si on met l'accent sur la division ou sur le tout qui est divisé au moment de l'énonciation.
"Moitié" me semble lié à la situation d'énonciation, à l'action de diviser quelque chose qui était encore, il y a quelques secondes, un tout.
Je crois aussi que la division de demi insiste sur une norme sociale et quantifiable par rapport à des unités alors que la moitié est plus liée à l'appréciation personnelle (il a coupé une grosse moitié =il a pris plus que le demi-pain).

L'importance de la situation d'énonciation se voit aussi dans "demi-tarif" et "moitié prix". C'est "demi-tarif" pour les enfants (c'est la règle, tout le monde le sait), mais j'ai eu cette robe à moitié prix (elle avait un défaut que j'ai signalé).

Mais peu importe, au fond, que la mesure soit fixe ou non. Si je bois la moitié du verre, on peut supposer que ce verre était plein juste avant que je le boive. On insiste sur le verre plein qui ne l'est plus. Mais je peux demander à mon hôte un demi-verre de vin. Même chose avec un croissant. J'ai en main un croissant. Je ne vais pas proposer à mon ami un demi-croissant puisque cela n'existe pas déjà prédécoupé, en revanche je peux lui dire « Tu en veux la moitié ? » .

On remarque aussi la différence entre "tu en veux *la* moitié"(je donne 50% de mon croissant) et "tu en veux *une* moitié"? (qui insiste plus sur le partage et l'égalité).

On doit aussi avoir les deux moitiés correspondantes ensemble. On ne lit pas un demi-livre, on n'écoute pas un demi-disque, on ne voit pas un demi-film. Ou alors de façon plaisante, ou ironique (on imagine alors un demi-film en vente dans une boutique, ou à la FNAC, et ça fait sourire).

Donc il semblerait que plusieurs facteurs se croisent : moitié = personnel, subjectif, divisible à l'instant, non quantifié, situation d'énonciation ; demi =distanciation, objectif, déjà divisé, quantifié.

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